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  • Entretien avec… Dominique Ingold | CPO-écoprogrammation : les m2 heureux

                                                                                                              Fiche membre de Dominique Ingold

    Comment définissez-vous votre métier de programmiste dans le cadre de la qualité environnementale du bâti ?    

    Programmiste c’est un mot affreux, un quasi barbarisme dans l’univers des professionnels de l’architecture et de l’aménagement.

    La programmation définit l’exercice qui vise pour le compte d’une maîtrise d’ouvrage publique ou privée à faire émerger les objectifs de l’opération, à en définir les besoins, à estimer le coût de l’opération et à en vérifier les faisabilités, permettant ainsi au maître d’ouvrage de valider son projet en toute connaissance de cause avant de passer à sa conception puis sa réalisation.

    Bien évidemment ce travail de définition, de hiérarchisation, d’aide à la décision est essentiel pour qu’une opération apporte la satisfaction attendue en terme d’opportunité comme de valeur d’usage. Ce préalable est essentiel pour assurer la qualité des aménagements comme du service rendu.

    Ensuite, l’organisation des consultations de maîtrise d’œuvre puis la mise au point du projet avec l’équipe lauréate sont des phases d’articulation entre la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre essentielles pour que le dessin du projet soit l’écho du dessein originel de la maîtrise d’ouvrage. Cette phase de mise au point participe aussi de la qualité du bâti.

    La programmation s’est toujours intéressée à de nombreux thèmes, aujourd’hui inscrits dans le « marbre » des 14 cibles de la démarche HQE®, tout particulièrement l’articulation avec l’environnement, le confort d’usage, la pérennité des performances… , mais aussi la pertinence de construire, la satisfaction de besoins ne passant pas obligatoirement par la réalisation de m2.

    La démarche environnementale nous a permis d’enrichir la pertinence de ces questions auprès des maîtrises d’ouvrages qui, trop souvent, négligeaient ces questions.

    Aujourd’hui, le programmiste me semble être un appui essentiel de la démarche environnementale ; et lorsque nous ne l’assurons pas par nous-même, nous sommes très souvent prescripteurs de cette démarche auprès de la maîtrise d’ouvrage.

    Lorsque qu’un AMO est nommé la qualité d’échange d’information avec le programmiste est fondamentale pour concevoir puis produire cette qualité environnementale du bâti. A titre d’exemple, nous avons eu le bonheur de conduire plus de 40 programmations avec Alain BORNAREL, enrichissant significativement la pertinence du travail de définition comme d’appui à la conception. Inversement, avec certains AMO, notamment ceux issus de la certification, ce duo est très difficile à gérer car l’incompétence des chargés d’opération est souvent contreproductive pour la qualité environnementale du bâti.

    Vous habitez à Bilbao, vous avez une filiale à l’Ile de la Réunion, votre bureau est à Paris et vos clients un peu partout, est ce que c’est simple à gérer ?

    Aujourd’hui plus qu’hier. Cependant, il serait encore plus difficile de rester enfermés dans un lieu unique, avec des perspectives moindres de découvrir de nouvelles opérations, de croiser des approches, des démarches, des points de vue…

    Que pensez vous du métier de programmiste tel qu’il est enseigné dans les écoles d’architectures, comment peut-on le faire évoluer ?

    Notre métier est très peu enseigné dans les écoles d’architecture, les notions d’usage y sont peu abordées. Cela est une aberration remarquable au pays de Descartes, pays qui en a pourtant fait une obligation pour la maîtrise d’ouvrage publique depuis 1973 avec la Loi MOP.

    Il faudrait reconnaître l’importance de la programmation dans une opération, dans une future architecture, et décider de l’enseigner.

    La présentation, la visite d’opérations réunissant programmiste, maître d’œuvre et maître d’ouvrage pourrait créer l’occasion de débats, d’ouverture sur l’usage, le processus de projet.

    La qualité de la programmation se nourrit de la volonté de ne jamais se satisfaire des normes, des habitudes, mais bien de réinterroger chaque programme au regard de ses spécificités : objectifs clairs d’une maîtrise d’ouvrage, un programme unique et qui évoluera dans le temps, d’un environnement… Cette attitude requiert une attitude d’éternel candide, d’ouverture, d’éternelle curiosité que doit intégrer le monde de la construction de la Maîtrise d’ouvrage.

    En quoi vous reconnaissez-vous dans les valeurs qui animent les membres de l’ICEB ?

    L’ICEB réunit des experts engagés et de façons très diverses dans l’exercice professionnel autour du développement durable, ce qui est déjà en soi une richesse.

    Ces professionnels s’interrogent sur leurs métiers et leurs pratiques. Ils ont le désir d’apprendre et de partager. Le contenu des ICEB café est riche, diversifié, animé d’un esprit de critique et de débat qui positionne les membres de l’ICEB comme autant de ressources actives.

    L’ICEB propose à ses adhérents des formations régulières, animées par ses adhérents pour ses adhérents, avec une volonté de faire progresser ses membres.

    L’ICEB travaille à produire des contenus au travers de futures éditions de référence.

    Membre fondateur du SYPAA (Syndicat des Programmistes en Architecture et Aménagement), membre fondateur et aujourd’hui président de CO2D (Collectif Développement Durable) , je souscris sans réserve à l’esprit de partage et de progrès promu au sein de l’ICEB. Le travail porté par les membres de l’ICEB est considérable, et j’espère y apporter notre regard d’éco-programmiste® .

    Comment verriez-vous évoluer l’ICEB dans les prochaines années ? y a-t-il des modèles d’autres associations dont on pourrait s’inspirer ?

    Avec la réserve d’un nouvel arrivant, j’imagine que l’ICEB va participer de façon de plus en plus active aux débats autour du développement durable. L’ICEB a quitté en 2009 l’association HQE®. Aujourd’hui, par exemple, j’entends un débat sur l’effet pervers de la certification au regard des enjeux du développement durable, question importante puisque tous les jours la maîtrise d’ouvrage, mais aussi les concepteurs nous interrogent à ce propos. Si ces questions, comme beaucoup d’autres, continuent à être posées sans exclusive par l’association, nul doute que le nombre des adhérents va augmenter, et la lisibilité de l’ICEB s’en trouver renforcer.

    Je ne vois pas de modèle, d’ailleurs je me méfie des modèles.

    C’est quoi le concept de l’ « éco-programmation® » ?

    La programmation est passée complètement à côté de la démarche du développement durable. Cela est assez invraisemblable puisque à l’origine de la commande, notre profession aurait dû participer activement à son éclosion. Il n’en a rien été.

    CPO-les m2 heureux revendique de ne pas réduire la démarche de programmation à l’écriture des seuls « PTD » et de fiches détaillées par espace qui sont l’horizon parfois indépassable de nombreuses maîtrises d’ouvrages qui cherchent plus à se protéger qu’à réaliser une opération de qualité.

    En 2008, avec mon associée Denise PRADEL, nous avons désiré marquer notre engagement et souligner ainsi que notre programmation était non seulement inspirée par le moteur de la qualité architecturale et du service rendu : les m2 heureux, mais aussi par les 4 fondements du développement durable, et que cela constituait pour nous un tout indissociable, unique.

    L’alliance des m2 heureux et de l’éco-programmation®, signifie que dans notre pratique professionnelle, programmation et développement durable procèdent d’une démarche intégrée, et d’une logique de programmation encore plus engagée.

    A la demande de la maîtrise d’ouvrage, vous organisez de nombreux jury de délibération sur des appels d’offre, quels conseils donneriez-vous à un maître d’œuvre ?

    En cette période de crise, pour chaque concours, un maître d’Ouvrage reçoit entre 50 et 200 dossiers, dossiers qu’un jury va regarder pour en choisir entre 3 ou 5, le plus souvent en moins de 3 heures. Il existe certes des exceptions.

    Ne serait-ce que pour les références illustrées, il est très rare que les dossiers reçus soient lisibles ne serait-ce que pour la qualité graphique des références : jamais plus du quart des dossiers reçus. Quel gaspillage ! Pour le dernier concours dont nous venons de faire l’analyse des candidatures, 25 % des dossiers n’avaient pas joint de CD de références, nous obligeant à scanner les plaquettes. Les projections étaient naturellement pitoyables ; et 50% des équipes n’avaient pas téléchargé la fiche de synthèse pourtant exigée.

    Aussi, et c’est plus surprenant, dans des concours qui se référent d’une démarche explicite de développement durable, il est exceptionnel que l’architecte valorise ses compétences, son savoir-faire en la matière.

    Plus surprenant encore, nombre d’experts QEB s’en tiennent à une plaquette peu explicite et qui ne permet pas d’apprécier la qualité et l’apport de chaque référence, et n’apporte pas de réelle plus-value à l’équipe de maîtrise d’œuvre.

    Les progrès possibles sont considérables.

  • iceb café
    12 Mar 2018 à 18h30

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