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  • Entretien avec… Maria Dubroca | Nobatek

    Quel est l’élément déclencheur dans votre démarche environnementale ?

    Mon engagement dans la défense de l’environnement est en tout premier lieu personnel, il est lié à mon histoire : naître et vivre en Aquitaine me lie à ce territoire et toute agression de son patrimoine, qu’il s’agisse de la perte de biodiversité, de ses forêts par exemple lors des deux tempêtes qui les ont décimées, de son patrimoine historique, de ses paysages jusqu’aux menaces qui pèsent sur ses langues sont des enjeux qui ont toujours été fortement présents dans ma vie personnelle et professionnelle. Ensuite ont compté mes 6 années de voyages, notamment dans l’ex Union soviétique, en Asie, au Bangladesh où j’ai vu des raz de marée en 1985 tuer des milliers de personnes sans que la communauté internationale se mobilise. Mon approche de questions environnementales est donc liée depuis toujours aux aspects sociaux, économiques, politiques et culturels qui les traversent.

    Depuis une vingtaine d’années maintenant je suis engagée professionnellement dans les approches environnementales de la construction et de l’urbanisme.

    Lors des années passées au CENTREX à l’Ecole d’Architecture et de Paysage de Bordeaux : cette association a participé activement au développement de la démarche HQE en Aquitaine et aux travaux de l’association HQE, où j’ai rencontré Dominique de Valicourt et Gilles Olive où nous avons suivi de très près la sortie du premier référentiel HQE avec Michel Le Sommer. J’ai été formée aux aspects techniques de la démarche HQE au Centre formation des architectes d’Aquitaine, notamment par Alain Bornarel et Suzanne Déoux

    En participant à la création de Nobatek en 2004 qui a développé ses activités autour de la construction et de l’aménagement durables et certifié HQE son bâtiment. Le premier dans le Pays basque à bénéficier de la certification, participant ainsi à la diffusion des bonnes pratiques et d’un langage commun, encore peu connu en Aquitaine, notamment chez les entreprises de mise en œuvre.

    Vous êtes nouvelle adhérente à l’ICEB, qu’est ce qui a motivé votre adhésion ?

    L’ICEB me semble la seule structure qui rassemble des acteurs attachés à défendre les valeurs d’un véritable engagement pour la prise en compte de l’environnement au sens large dans la conception des matériaux, des bâtiments et des territoires.
    L’ICEB interroge nos pratiques professionnelles et peut être un levier pour défendre les valeurs et l’éthique de nos métiers, empêcher les dérives, valoriser les recherches de ses membres et toucher les maîtres d’ouvrage, dont les pratiques actuelles permettent l’assaut du marché par des prestations  « environnementales » de pur affichage, bradées, sans valeur ajoutée.

    Comment avez vous développé chez Nobatek les partenariats internationaux ?

    Initialement la fondation TECNALIA qui regroupe plusieurs centres techniques du Pays basque Sud a très largement contribué à la naissance de Nobatek. Maintenant Nobatek est dans une réelle dynamique de collaboration avec des centres de recherches ou des universités en Europe et au-delà.
    Nous sommes partie prenante de l’association européenne E2B et de la plate-forme européenne ECTP.

    Nous présenterons certains des projets européens lors d’une formation le 27 mars prochain aux membres de l’ICEB.
    Nous avons aussi des partenariats avec le Chili, le Québec, que nous accueillons bientôt pour leur faire visiter des écoquartiers en Belgique et en Aquitaine,. Plus récemment avec la Chine : nous avons un projet de partenariat en conception d’un écoquartier dans la région de Wuhan, avec un bâtiment au moins doublement certifié HQETM International et GB (certification chinoise). Nous recevons en avril une délégation de partenaires économiques et universitaires du Hubeï et en juin le vice Président de l’Académie Chinoise de Recherche sur le Bâtiment, M. Chaoxu Li.

    Dans l’exercice de votre métier quelles sont les motivations qui vous animent ?

    Nobatek est une structure qui permet à la fois la R&D et la réponse aux attentes du marché en transférant lorsque c’est possible les résultats de la recherche à nos clients maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et industriels. L’originalité de notre modèle nous permet de ne pas rester enfermés dans des réponses traditionnelles de BE environnemental, de faire de la recherche sur des matériaux, des outils d’analyse innovants, de travailler avec tout type de partenaires, des centres de recherche et des industriels de taille européenne ou de tout petits maîtres d’ouvrage sur des projets très innovants.

    Quelle est votre perception de l’ICEB?

    L’ICEB est pour nous une structure amie, bien qu’un peu trop « parisienne » et donc un peu lointaine..
    Il est difficilement envisageable par exemple de venir aux ICEB cafés, le lundi étant pour nous jour de réunion, nous pouvons difficilement mobiliser des cadres pour partir à Paris dans la journée. Dommage !
    L’ICEB a beaucoup changé depuis sa création et les structures membres du bureau garantissent éthique et contenu des messages.
    J’espère de tout cœur pouvoir davantage participer aux activités de la structure à l’avenir.

    Quelles sont vos attentes par rapport à l’ICEB ?

    – Que l’ICEB puisse parvenir à diffuser aux maîtres d’ouvrage nos messages sur nos métier
    – Que les critères environnementaux soient vraiment traités à leur juste place dans les constructions publiques et privées.
    – Que l’on ne peut suivre une démarche environnementale au rabais
    – Que l’on cesse du faire du LEED parce que ce n’est pas cher et qu’on oublie la moitié des critères environnementaux
    – Que l’ICEB parvienne à positionner nos compétences et à les faire reconnaître
    – Que l’on aille au-delà des critères environnementaux purement techniques et que nos approches intègrent aussi les aspects sociaux, culturels, politiques et économiques, autres enjeux de la recherche actuellement.

    Quels sont vos projets en cours et le projet idéal ?

    Quelques projets en cours :

        • Développement d’un outil d’analyse en coût en global que nous appliquons sur nos projets
        • Plusieurs projets européens dont un sur la diffusion des savoir-faire pour élargir à l’Europe la construction de bâtiments « zéro énergie », et un autre le projet IDEAS, mené en partenariat avec le CSTB, VTT en Finlande, IBM-Haïfa en Israël, des collectivités européennes… sur la gestion dynamique de l’offre et de la demande énergétique à l’échelle des quartiers
        • La diffusion de NEST dans sa version pédagogique, un outil démonstrateur chaîné avec Sketchup, destiné à la sensibilisation à la conception des écoquartiers pour les étudiants de STI2D, IUT Génie civil, Écoles d’architecture. La version « Pro » de Nest est en développement.
        • Une très grosse opération Campus durable : nous sommes AMO DD pour la première tranche de la rénovation du Campus de l’Université de Bordeaux (16 bâtiments en certification HQE TM

        • Plusieurs projets en maîtrise d’œuvre qui sont récemment terminés : construction du Siège social de l’Office 64 à Bayonne avec Patrick Arotcharen (double peau et façade active), la construction de 15 logements bois où nous avons mis en œuvre des matériaux à changement de phase (MCP).
        • La réhabilitation de la caserne Niel à Bordeaux (projet DARWIN) avec le cabinet Martin Gravière, pour le groupe Evolution, première entrée déjà vivante du futur écoquartier Niel Bastide : au-delà des choix techniques issus du travail de simulation (atteindre une bonne performance thermique dans un bâtiment du XIXème siècle en pierre, sans isolation intérieure, ni extérieure sur les 50 cm d’épaisseur de pierre), ce projet est un modèle de pratiques du développement durable, un véritable écosystème, vécu avec engagement par les entreprises qui s’y sont installées.
        • Je peux citer enfin un petit concours très ambitieux en termes d’innovation lancé par l’Agglomération Côte Basque – Adour, dont nous sommes l’AMO, pour la construction d’un bâtiment générateur d’activités dédié à la construction durable, AO qui demande pour la présentation des candidatures, la réponse à une note de questionnements sur la traduction architecturale du modèle de l’innovation ouverte souhaitée sur le projet.

    Pour conclure sur le projet idéal : pour moi, c’est celui où nous ne perdrons pas notre âme, ni dans le carcan des réglementations mal abouties, ni derrière nos ordinateurs et nos logiciels, ni dans des partenariats mal maîtrisés, que ce soit au bord de l’Océan, au Chili, au Québec ou dans la tête du Dragon…

  • iceb café
    12 Mar 2018 à 18h30

    De la grande accélération à la décroissance conviviale

    libre - Sur réservation exclusivement

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