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  • Entretien avec… Fréderic Frusta | Oasiis

    Quelle est l’origine de votre activité ? 

    J’ai créé OASIIS en 1990 afin de tisser modestement une passerelle entre le milieu de la recherche et la profession du bâtiment, pour l’utilisation des outils de simulation thermique dynamique (STD). J’étais précédemment ingénieur thermicien au COSTIC (centre d’études et de formation pour le génie climatique et l’équipement technique du bâtiment), spécialisé sur les sujets de la maîtrise de l’énergie dans les bâtiments existants, basée sur la pratique de la STD.

    OASIIS est ainsi devenue la première société française à faire de la simulation thermique dynamique une activité professionnelle à part entière. L’ensemble de nos études reposaient alors essentiellement sur l’utilisation de cette technique de calculs.

    Dès 1993, j’ai compris que le seul point de vue thermique et énergétique restait insuffisant pour appréhender l’ensemble des enjeux de qualité d’usage, qualité de vie et plus généralement qualité environnementale qui se présentaient à l’échelle du bâtiment.

    Nous avons travaillé aux cotés de l’ADEME sur la mise au point de sa propre philosophie environnementale, notamment au travers de plusieurs opérations expérimentales (école Jean Guy à Rennes, Centre météorologique Départemental de Brest, siège de la DIREN PACA,…). Opérations sur lesquelles nous avons mené des missions d’assistance à maîtrise d’ouvrage afin d’étalonner la démarche Haute Qualité Environnementale qui voyait progressivement le jour. Nous étions ainsi engagés dans un élargissement de nos compétences à l’ensemble des thématiques véhiculées par la démarche HQE, tout en conservant une forte connotation d’expertise thermique et énergétique.

     

    Comment définissez vous la spécificité de votre entreprise ?

    Notre particularité vient de notre origine : la modélisation. Nous nous nourrissons du calcul complexe qui représente notre cœur de métier historique, basé sur le souci de la représentativité des calculs, notamment au travers de l’approche en 3D et du régime dynamique par opposition aux calculs statiques couramment usités dans nos professions.

    Cette spécificité dans le domaine de la thermique du bâtiment, assise sur une expérience sans équivalent en France à l’heure actuelle, a été étendue progressivement aux autres disciplines : aéraulique au travers des outils de CFD, éclairage naturel et artificiel en 3D, acoustique 3D, gestion des eaux pluviales en dynamique…

    Elle nous a demandé la création d’un centre d’études et de calculs (le CEC), basé à Aubagne qui regroupe près de 20 ingénieurs spécialisés dans ces divers calculs complexes.

    Une autre spécificité est plus philosophique : modéliser, simuler, c’est prévoir. Mais mesurer, contrôler, c’est constater la réalité ! La confrontation entre ces deux approches, ainsi que la capitalisation et l’enrichissement que nous avons tiré des réussites et des échecs observés, constituent aujourd’hui notre savoir faire.

    Ainsi, nous sommes à la fois sans concession par rapport à notre propre travail de modélisation, qui demande une grande rigueur et beaucoup de recul pour trouver justesse et pertinence, et très humbles vis-à-vis des résultats annoncés, tant ils sont fragiles vis-à-vis de la réelle utilisation des bâtiments.

    Quelle est la place et votre rôle dans les réseaux du sud-est ?

    OASIIS a adhéré à ENVIROBAT, membre de RESOBAT, en 2009. Elle n’y joue pour l’instant aucun rôle d’animation, mais reste un interlocuteur attentif.

    Bien que solidement ancrée en méditerranée (le siège est à Aubagne (13400), OASIIS n’est pas adhérent de BDM, que nos considérons comme une bonne initiative à l’attention des professionnels et des maîtres d’ouvrages néophytes en termes d’approche environnementale.

    Nous sommes cependant amenés à conduire des projets selon le référentiel BDM, sous l’impulsion de certains de nos maîtres d ‘ouvrage.

    Comment percevez vous l’ICEB : qu’est que l’association vous apporte ?

    L’ICEB reste historiquement le pilier de l’évolution positive de la démarche HQE, basée sur le savoir-faire de vrais professionnels, acteurs du bâtiment, souvent militants pour une qualité environnementale dénuée de l’influence des lobbys de tous bords. Son retrait volontaire de l’association HQE, avec lequel je suis personnellement en désaccord a un peu marginalisé ces deux dernières années l’ICEB, l’amputant de son rôle de « poil à gratter » et l’obligeant à retrouver audience et légitimité.

    Elle reste cependant un formidable lieu d’échanges et de confrontations, où de débats animés et désaccords fréquents naissent de vrais consensus et équilibres bénéfiques à tous.

    J’en attends cependant plus de représentativité auprès des institutions influentes dans le domaine qui nous concerne. Mais pour cela, il faudra mobiliser beaucoup plus de membres et s’éloigner un peu d’un parisianisme à la fois nécessaire et sclérosant.

    En quoi vous reconnaissez vous dans les valeurs qui animent les membres de l’ICEB ?

    J’ai le sentiment que la grande majorité des membres est animée d’une vraie conviction environnementale, qui dépasse les simples intérêts personnels et professionnels. Nous œuvrons d’abord pour la planète, pas pour nous même, même si la réalité économique nous éloigne nécessairement de la philanthropie.

    La libre expression et le temps de parole accordés à tous rejoint également mes propres modes de fonctionnement.

    Au travers de vos différents bureaux en région estimez vous que les approches projets sont différentes ?

    Sur le fond non, sur la forme peut-être. Plusieurs régions ont développé depuis quelques années leur propre approche, leur propre référentiel, en déclinant, regroupant, associant différemment les thèmes environnementaux et cibles visées. Cela ne m’apparait pas très sérieux ni très efficace et relève plus d’un besoin d’identification régionale et d’un refus du dictat parisien que de réelles spécificités climatiques ou culturelles locales.

    On y retrouve in fine les mêmes préoccupations et sensiblement les mêmes niveaux d’exigences quand ils existent. Certains d’ailleurs s’en affranchissent, misant sur les vertus de la démarche plutôt que celles du résultat. C’est une façon de procéder que je réprouve. L’état de la planète ne se satisfera pas de simples initiatives, aussi louables soient-elles, mais bien d’actions concrètes et mesurables.

    Le refus de la certification joue aussi un grand rôle dans cette débauche de référentiels parallèles. Certains acteurs locaux ont su cristalliser les convictions partisanes contre une méthode certes imparfaite et critiquable, mais dont je constate néanmoins l’efficacité, quant à sa capacité à fédérer les acteurs d’un projet autour d’un objectif commun : le certificat. A nous, membres de l’ICEB, porteurs de valeurs environnementales sincères, de faire en sorte que ce certificat soit le reflet de performances réelles et non dénuées de sens.

    L’ICEB a répondu récemment à un appel à projet pour soutenir la compétitivité des entreprises qu’en pensez vous ?

    Il est toujours intéressant de se préoccuper de compétitivité et de se tourner vers l’international, mais je pense que le souci premier devrait être celui de la représentativité des membres et des valeurs de l’ICEB au plan national, c’est-à-dire sur la France toute entière, qui me semble aujourd’hui bien insuffisante.

    Le développement dans les régions devrait être une priorité, afin de constituer une réelle force nationale, trouvant ainsi sa légitimité. Mais j’ai conscience que la chose n’est pas facile et nous devons faire avec nos moyens. Cependant, adhérer à RESOBAT, comme cela semble évoqué, ne m’apparait pas une solution efficace. Cela nous précipiterait dans un anonymat dont nous aurions peine à sortir.

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